mardi 7 avril 2015

Le vase irlandais



En Irlande, on raconte que les "pieds" des arcs-en-ciel désignent l'endroit où sont cachés les trésors des Leprechauns. Ce jour-là, nul arc-en-ciel à l'horizon, mais un temps gris comme il est d'usage dans ce pays. Nous nous promenions dans une forêt, pas du tout enchantée, plutôt du genre à vous mettre le "bourdon".
Au beau milieu du bois, aux abords d'un chemin forestier, nous avons déniché un trésor. Il ne s'agissait évidemment pas de l’un de ces chaudrons qu'utilisent les fameux leprechauns dont l’occupation favorite est de compter et de recompter leurs pièces d’or, mais bien d'une décharge sauvage.
- « Sauvage» ; un mot qui sonne ultra-pittoresque. Pour certains, cela rappelle les bêtes féroces et la nature indomptée, tandis que pour d’autres ça fait référence à une époque où « les verts » n’étaient qu’une équipe de football, française. Chaque paysan se payait le luxe de transformer une petite parcelle de son paradis en dépotoir où s'entassaient les objets ayant appartenu aux générations précédentes. Ces rebuts retraçaient l’histoire familiale ; en grattant un peu on y retrouvait le pot de chambre de grand-mère, les flacons d’eau de Cologne de tante Jeanne, la première machine à laver d’la Louise, la faucheuse du Georges et le lit d’enfant du p'ti Bébert.
Pour en revenir à nos moutons (mouton/Irlande...vous pigez ?), cette clairière venait tout juste d’être transformée en dépotoir, parce qu’en Irlande, même au début des années 2000, la "Green attitude " était un attrape-touriste et que mamie O' Flaherty, ex-militante de l’IRA, avait passée l’arme à gauche et qu’il fallait vider sa maison. Nous étions en plein boom économique et les vieilleries ne faisaient pas du tout fantasmer les irlandais.
Ils avaient donc déchargés la vaisselle au beau milieu du bois et nous sommes tombés dessus. Ma mère et moi, euphoriques, avons sauté sur cette fortune, bénissant simultanément le dieu des détritus et toutes les fées celtiques d’avoir mis une telle aubaine sur notre chemin.
Mon père, mort de honte, avait sans doute l’impression que tous les arbres de la forêt avaient les yeux rivés sur lui et que le lutin local allait débouler en hurlant des insanités en gaélique. Après une sélection très pointue des objets qui nous intéressaient, nous réalisions qu’il nous était impossible d’en transporter une telle quantité à « main nue ». Il nous fallait donc approcher la voiture. Nous remplissions le coffre sous les yeux effarés du père qui, à ce moment précis rêvait juste d’un séjour hyper exotique en Suisse allemande, là où les ordures n’existent même pas.
C’est ainsi que j’ai acquis le fameux vase Irlandais, trimbalé dans tous mes déménagements. Il ne comporte aucun signe distinctif ni aucune marque ; Il est donc impossible de le dater ni même de savoir d’où il sort.  J’aime penser qu’il a trôné dans d’autres salles à manger bien loin d’ici…et qu’il a vu Madame O'Flaherty préparer des Irish Stews ou des attentats*.

*L’évocation des attentats n’implique évidemment pas que j’ai une quelconque admiration pour ceux qui se livre à ce genre d’activité.




Belle journée,
L&F




2 commentaires:

  1. Ton vase est très beau! Je suis un peu comme toi au grand dam de Monsieur et je "récupère"... Effectivement pendant les "années fastes" on a beaucoup vidé de maisons pour les moderniser et je pense que bien des trésors ont ainsi disparu (la mème chose s'est passée dans les années 60, le formica a remplacé le bois des ancètres...) ça derait être possible de retrouver l'origine du design, il est très distinctif.

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  2. "Waterford cristal" ou Kilkenny ? Mais ils auraient été marqués. Il semble pourtant qu'il soit en cristal ; mais sans signature?! Je pense qu'il n'est pas si vieux et que s'était une série du genre "de chez Ikea". ...j'ai déjà essayé de retrouver son origine, sans succès )o:

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