dimanche 29 juin 2014

mercredi 25 juin 2014

Le Monstre de Frankenstein est maintenant un citoyen comme les autres (ou presque)

Frankie a.k.a La Créature du Docteur Frankenstein, Plainpalais, à Genève.

On lui ferait bien un gros câlin au p'tit Frankie, hein?

C'est à Genève, plus précisément à la villa Diodatti à Cologny, que Mary Shelley, entre autre inspirée par un cauchemar, conçoit les premiers fragments de son futur roman "Frankenstein ou le Prométhée moderne".

Mary a 18 ans en 1816 quand avec son amant et quelques amis, elle séjourne chez le poète Lord Byron près du lac Léman. La météo est déplorable cet été là. Blotti autour de la cheminée, le petit groupe passe son temps à échanger à propos des théories véhiculées par Luigi Galvani sur  l'influence de l'électricité sur les muscles, sur les expériences qu'il a effectué sur des animaux morts et au sujet de l'idée de la résurrection de cadavres. Ils s'abreuvent aussi d'histoires de revenants. L’un d'eux lance un défi, comme il en était l'usage dans les cercles romantiques à l'époque, de création d'une petite histoire « à faire peur »... C’est dans ce contexte et cette atmosphère que de l'imagination de Mary Shelley née Victor Frankenstein, jeune scientifique Genevois et créateur du fameux Monstre. Le roman sera publié anonymement en 1818, et non satisfaite de son travail, l'écrivaine en remaniera le texte à plusieurs reprises.

Obsédé par la perspective de pouvoir ramener les défunts à la vie, Viktor Frankenstein étudie, expérimente pour finalement parvenir à reconstruire un homme à partir de plusieurs morceaux de cadavres, qu'il ramène à la vie grâce à un choc électrique. La créature, délaissée par son "géniteur" se construit autour de cet abandon et du rejet dont elle est victime à cause de son aspect repoussant. On se doute bien que sans amour à recevoir ni à donner, l’histoire du monstre tournera forcement au désastre et que le "pater" à l'origine de cette erreur fondamentale paiera le prix fort.
L' histoire évoque les grandes questionnements  humains que sont la mort, dieu, l'amour et le bonheur , la société, l'exclusion, la filiation, l’œdipe…. 
Bien que controversé, le roman connaît un grand  succès à son époque. Il traverse les siècles à coup d'adaptations cinématographiques, théâtrales ou en bandes dessinées.
Le département de la culture de Genève a souhaité donner sa place à cet être rejeté, qui fait maintenant partie de l'imaginaire collectif, au cœur de la ville où il naquit.

La perspective de travail du groupement d'artistes genevois KLAT, fut de transposer l'histoire et les problématiques posées par ce personnage dans un contexte contemporain et d'en faire ressortir les questions de notre perception de l'autre, de la marginalité, de la beauté ...Les réponses à ces interrogations sont peut-être le terreau d'une remise question de notre pratique de l’altérité.
En utilisant des codes vestimentaires contemporains, les artistes ont donné une troisième vie à cet être autrefois sans nom, à l'endroit même à force de désespoir, il avait commis son premier meurtre: En intégrant l'exclu dans l'espace publique, on lui donne, pour la première fois, sa place au sein de la communauté des hommes.


La perception qu'on a de Frankie dépend du point de vue que l'on choisit pour l'admirer. Il ne montre pas ici meilleur profil!

La statue est en bronze. Elle a été inaugurée le 17 mai 2014 lors d'une performance qui la mettait en scène entre deux piles d’où sortaient des éclairs qui traversaient son corps.

 Si vous passez par Plainpalais, allez donc lui "serrez la pogne" et surtout n'ayez crainte de le regarder dans les yeux, c'est là que vous saisirez toute la sensibilité de l’œuvre, et par là même, celle du bon-homme. Il ne faut évidement pas se priver de lire (ou relire), l’œuvre de Marie Shelley en gardant en tête qu'elle était alors très jeune, qu'elle avait fui son père pour filer le parfait amour avec un poète marié à une autre femme et que l'ambiance générale de l'époque était plutôt ...révolutionnaire.
 

Bonne soirée,
L&F

*Merci à la gentille et réactive collaboratrice scientifique du fonds d'art contemporain de la ville de Genève pour les informations précieuses qu'elle m'a fourni!
*La statue du monstre de Frankenstein est située aux abords du skatepark,à Plainpalais.

*Un document audio de la RTS sur la polémique autour de la présence de Frankie sur la place de Plainpalais: ICI



lundi 23 juin 2014

Avec ou sans poils, là n’est pas la question !








C’est une matinée qui démarre avec une avalanche de petits plaisirs...
-Prendre ma voiture et me rendre tranquillement à Genève, m’installer à la terrasse du Remor et savourer un café allongé, lunettes de soleil sur le nez, en attendant l'heure de mon rendez-vous.
-Empoigner le journal "20 Minutes" qui traîne sur la table et  me jeter sur les pages d’actualités dont les titres toujours évocateurs interpellent mon esprits déjà en effervescence.
- Découvrir, entre 2 articles de faits divers que l’artiste Milo Moiré s’est vu refuser l’entrée d’Art Basel sous prétexte que les autres participants avaient réservé leur place depuis des lustres et qu'elle ne pouvait donc pas improviser une performance. Il faut dire que la demoiselle avait remplacé ses vêtements par de simples noms d’habits inscrits sur sa peau (cf. photo ci-dessus).  Elle se garantissait ainsi une bonne couverture médiatique, mais ce n'était pas forcement la couverture idéale pour entrer incognito à Art Basel.
-A 10h05, je lève les yeux de mon journal pour m’apercevoir que 2 hommes s'installent à la table voisine; J'essaie habituellement d'éviter de cataloguer les gens sur des critères d'apparence, mais mon nez est lui plus radical dans son jugement, lorsqu’il perçoit des émanations de vinasse avant midi.
Je conçois un plan pour m’échapper de cet enfer olfactif qui consiste à prétexter un besoin de tranquillité pour favoriser une conversation d'affaire sereine. Il me reste une bonne vingtaine de minutes à tenir avant l'heure de mon rendez-vous et l’exécution du plan. Je surveille les allées et venues. Il s'agit d'une première rencontre et le seul indice qui me permettra d'identifier la personne attendue sera son regard interrogateur qui devrait balayer la terrasse en cherchant à me localiser. Assaillie par les effluves qui commencent à troubler ma perception de la situation, je bondis de ma chaise à la vue d'un homme qui promène un œil incertain sur l'ensemble de la terrasse en s'installant sur une table libre pour m’assoir en face de lui, en omettant de me présenter. 
Après un début de conversation surréaliste, je comprends que je suis assise en face de la mauvaise personne, qui avait un "rencard" avec une inconnue (apparemment le rendez-vous n'était pas professionel (o;). Dépitée et les joues empourprées, je retourne m'installer entre mes 2 poivrots qui m’accueillent à coup de clins d’œil significatifs. Mon « vrai » Rendez-vous vient finalement directement à ma rencontre. Mes deux voisins ne se privent pas d’émettre des commentaires subtils. C’est avec un grand soulagement que je pénètre dans le bar pour nous trouver un endroit tranquille pour discuter.
Le rendez-vous se termine sans encombre. Je profite de cette belle journée pour aller faire un tour en ville en me rejouant le film de ce début de journée. Le sourire qui est accroché à mes lèvres interpelle quelques passants qui me le rendent volontiers!

De retour à Plainpalais où j'ai laissé ma voiture, mon regard tombe sur cette statue qui semble se délecter de l'arrivée de l’été.



Je réalise que la mode de l’épilation intégrale ne date pas d'hier et qu'elle ne tient pas seulement à la vague pornographique qui déferle sur le net mais s'affirme devant le nombre grandissant d'images de femmes nues qui peuplent notre quotidien. Si le tabou de la pilosité a traversé les siècles, les badauds semblent parfaitement s’accommoder de la nudité exposée au cœur des villes, tandis que Miss Moiré qui se pointe à poil mais sans poils à Art Basel, dans un contexte artistique, se retrouve  au cœur de la page Actu de la version papier de 20 minutes au côté d'un crime de sang.

Heureuse journée à vous!
 L&F
*En savoir plus sur Milo Moiré:ICI